La Liste rouge européenne des papillons de nuit vient d’être publiée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Commission européenne. Ce travail constitue une étape majeure pour la connaissance et la conservation des Lépidoptères européens, avec l’évaluation de plusieurs milliers d’espèces selon la méthodologie internationale de l’UICN.
C’est une belle reconnaissance du travail mené depuis plusieurs années par les membres d’oreina, engagés à différents niveaux de ce projet européen.
Une expertise française mobilisée
Plusieurs membres de l’association ont participé directement aux évaluations des espèces. Merci notamment à David Demerges, Éric Drouet et Pascal Dupont.
Les données d’Artemisiae au service de l’Europe
Cette Liste rouge s’appuie aussi sur un vaste travail de compilation des connaissances disponibles. Les données collectées et validées par les observateurs et observatrices d’Artemisiae ont été partagés avec l’IUCN pour fournir une partie des données utilisées pour ces évaluations européennes.
Chaque observation saisie par les contributeurs participe ainsi à améliorer la connaissance des espèces bien au-delà de l’échelle nationale.
Cette collaboration illustre l’importance des réseaux d’observateurs naturalistes dans les grands projets internationaux de conservation.
De l’évaluation à la conservation : une contribution d’oreina
Au-delà des évaluations elles-mêmes, oreina a également contribué au document d’accompagnement consacré aux perspectives de conservation :
« Moving from assessment to conservation planning: appendix to the status assessment of European moths ».
Ce document présente les pistes permettant de transformer les résultats de la Liste rouge en actions concrètes de conservation.
Notre association a largement participé à sa rédaction et aux discussions ayant mené à sa version finale, notamment lors de l’atelier international organisé par l’UICN à Bruxelles, où oreina était représentée par sa salariée Pieternel Verschuren.
Les nouveaux statuts déjà disponibles dans Artemisiae
Pour rendre ces résultats immédiatement accessibles, les nouveaux statuts UICN européens ont déjà été intégrés aux fiches espèces d’Artemisiae.
Quelques premiers enseignements pour la France
L’analyse des résultats fait ressortir plusieurs éléments intéressants.
Les graphiques ci-dessous présentent la répartition des espèces selon les catégories UICN :
- pour les taxons présents en France ;
- pour l’ensemble des espèces évaluées à l’échelle européenne.

figure 1. Répartition des espèces selon les catégories UICN pour les taxons présents en France

figure 2 : Répartition des espèces selon les catégories UICN pour les taxons présents en Europe
Un premier constat est la forte proportion d’espèces classées DD (Data Deficient) à l’échelle européenne, faute de données suffisantes. Parmi les 726 espèces européennes placées dans cette catégorie, environ 670 ne sont pas présentes dans la faune française, ce qui suggère que les papillons de nuit de France figurent parmi les mieux documentés du continent. Cela ne signifie pas que la faune française est moins menacée, mais plutôt qu’elle est mieux connue, en partie grâce aux utilisateurs d’Artemisiae.
Si l’on considère uniquement les espèces réellement menacées (CR, EN et VU), les proportions se rapprochent :
- 9,7 % des espèces françaises évaluées sont menacées ;
- 10,8 % des espèces européennes évaluées sont menacées.
Enfin, cette Liste rouge européenne l’intérêt de poursuivre les évaluations nationales. Le niveau de menace européen ne reflète pas toujours la situation en France, comme pour Lamprotes c-aureum ou Pabulatrix pabulatricula, toutes deux classées Quasi menacées (NT) à l’échelle européenne alors que leur situation en France mérite une analyse spécifique.
Ces résultats confirment l’intérêt de poursuivre les travaux vers une future Liste rouge nationale des papillons de nuit de France, qui permettra de disposer d’un diagnostic plus fin pour orienter les actions de conservation.
Merci à toutes personnes bénévoles, expertes et partenaires qui rendent ce travail collectif possible !
Pour aller plus loin
Retrouvez les documents de référence :


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