Omia cymbalariae est-elle réellement présente en France ?

Publié le 29/09/2023 Vu 1093 fois

Dans un ouvrage consacré à la collection Jacques Plante récemment publié, une nouvelle espèce du genre Omia (Noctuidae) est décrite de Charente-Maritime : Omia albertlegraini. Très proche de O. cymbalariae, la question de la distribution de ces deux espèces en France se pose.


Jacques Plante (1920-2003) a connu un succès remarquable comme auteur-compositeur et spécialiste des nocturnes. Au moment de son acquisition par le Muséum d'histoire naturelle de Genève en 2000, la collection de Noctuidae de J. Plante était la plus importante collection privée concernant les faunes paléarctique et orientale, regroupant plus de 62 000 spécimens. Sous l'impulsion et la supervision de Bernard Landry, le Muséum de Genève a entrepris depuis 2011 de valoriser ce patrimoine et d'en faire réviser les identifications par des spécialistes qui ne sont plus à présenter, à savoir Gabor Ronkay, László Ronkay et Zoltan Varga. Ce travail de longue haleine a fait l'objet d'un premier ouvrage publié en 2020, qui traite des sous-familles Noctuinae et Hadeninae.

Le deuxième volume de cette série qui en comporte trois, vient de paraître il y a quelques semaines. Parmi les sous-familles traitées se trouve celle des Oncocnemidinae, dont le genre Omia fait partie. Deux évolutions taxonomiques sont à noter dans cette publication :

  • la désignation d'un néotype pour Omia cymbalariae, nécessaire pour fixer l'espèce-type du genre Omia (Noctua cymbalariae Hübner, 1809). Ce néotype a été désigné à partir d'un mâle du Tirol (Innsbruck, Autriche).
  • la description d'une nouvelle espèce en France, depuis une série d'individus capturés au début du XXe. siècle en Forêt de Benon (Charente-Maritime) : Omia albertlegraini L. Ronkay, G. Ronkay & Yela sp. n.

Quelles implications de ces changements pour la France ?

Le genre Omia comporte maintenant trois espèces en France : O. cyclopea, O. cymbalariae et O. albertlegraini, espèce nouvelle et endémique de France métropolitaine dans l'état actuel des connaissances.

Se pose maintenant la question du statut d'O. cymbalariae dans notre pays. Cette espèce xérothermophile était connue jusqu'alors pour occuper principalement la France méridionale collinéenne et montagnarde (jusqu'à 2 300 m. d'altitude dans le sud des Alpes), avec un noyau de populations fragmentées en plaine dans le Centre-ouest de la France (Touraine, Charentes). Avec la description de cette espèce en Charente-Maritime, il est possible que le noyau d'O. cymbalariae présent en plaine dans le Centre-ouest soit finalement à rattacher à O. albertlegraini.

Dans ce même ouvrage, les auteurs suggèrent l'existence de plusieurs lignées évolutives au sein du complexe cymbalariae-banghaasi, dont la délimitation est encore à étudier :

  • une entité alpine qui, de par la désignation du néotype dans le Tyrol autrichien, définirait les cymbalariae typiques ;
  • une entité qui occuperait le sud des Alpes jusqu'à basse altitude, dont l'habitus et les pièces génitales seraient un mélange entre cymbalariae et banghaasi et qui se rapprocheraient des populations italiennes ;
  • une entité planitaire dans l'ouest de la France, albertlegraini.

Si la situation taxonomique en France ne semble pas claire et nécessite selon ces auteurs des investigations complémentaires, c'est aussi le cas pour l'ensemble des population de l'ouest de l'Europe, notamment en Espagne et en Italie.

Compte-tenu de tous ces éléments, plusieurs axes de travail peuvent être engagés :

  • vérifier si l'ensemble des populations du Centre-ouest de la France appartiennent bien à cette nouvelle espèce O. albertlegraini ;
  • Disséquer le matériel disponible en collection en sélectionnant quelques spécimens (mâles) par entité biogéographique (ouest de la France, Pyrénées, Massif Central, Alpes, avec un focus particulier sur l'ensemble du massif alpin) ;
  • Constituer une banque génétique de référence pour le genre Omia en France, avec du matériel frais en provenance de plusieurs régions pour réaliser du barcoding moléculaire.

Comment séparer O. albertlegraini de O. cymbalariae ?

Si les individus de O. albertlegraini présentés dans l'ouvrage semblent plus clairs que O. cymbalariae, c'est avec prudence qu'il faut prendre ce critère : la population de la Forêt de Benon semble avoir disparue et les individus illustrés datent du début des années 1930. Les couleurs ont pu passer avec le temps. En revanche, l'étude des valves sur l'appareil génital mâle permet une bonne détermination, celles-ci étant singulières au sein de ce genre : extrémité dilatée et largement arrondie, avec des harpes plus longues et plus pointues.

(reproduction avec l'accord de Bernard Landry, qu'il en soit remercié ici).


A lire :

Aulombard, F., Landry, B., Lopes-Curval, P., Ronkay, G., Ronkay, L. & Varga, Z., 2020. - The Jacques Plante Noctuidae Collection. Part 1. (Noctuinae and Hadeninae). Heterocera Press, Budapest, 343 pp.

Ronkay, L., Ronkay, G. & Landry, B., 2023. - The Jacques Plante Noctuidae Collection. Part II. Amphipyrinae, Psaphidinae, Cuculliinae, Oncocnemidinae, Acontiinae, Pantheinae, Dyopsinae, Raphiinae, Acronictinae, Bryophilinae, Heliothinae, Condicinae & Xyleninae. New taxa. Heterocera Press, Budapest, 445 pp.

Auteur : David DEMERGÈS